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[Livre de cuisine] Où je plonge dans le carnet de recettes à la maison de The Social Food

Une chronique plus émotive que prévue du livre de recettes de The Social Food

Marjorie Nguyen
Marjorie Nguyen
12 min de lecture
The Social Food, carnet de recettes à la maison de Shirley Garrier & Mathieu Zouhairi - Editions First

Table des matières

Une longue introduction, mais vous commencez à avoir l'habitude, non ? ;-)


D’habitude, je ne montre pas à mon compagnon les livres de cuisine que je suis en train d’éplucher. Dans une précédente vie, je lui parlais de bouquins H24, alors il a mérité que je le laisse tranquille jusqu’à la fin de nos paisibles jours.

Mais là, je n’ai pas pu résister. Je lui ai montré le livre de The Social Food et lui ai dit : “Regarde, c’est drôle, c’est comme ce qu’on mange à la maison”.



Je dis parfois en blaguant que je n’ai pas eu de problèmes d’identité en grandissant, tout simplement parce que je ne réfléchis pas. Mais c’est vrai. Je suis juste une éponge qui absorbe tout ce qui vient à elle, sans se poser de questions.

Petite, j’aimais autant les gỏi cuốn de ma maman et les soupes minestrone en sachet dont mon père raffolait, que le chou-fleur à l’eau de la cantine ou le couscous du restaurant marocain de la grande ville d’à côté.

Quelques années après, en voyage seule en Corée du Sud alors que je tentais de soigner une peine de cœur, j’ai commandé un bibimbap. La serveuse, une vieille dame au visage renfermé, me voyant manger les éléments séparément, me prit la cuillère de la main, mélangea vigoureusement le tout et me remit la cuillère entre les mains sans mot dire. J’ai repris une bouchée, j’ai oublié un instant la peine de coeur et c’est peut-être à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de la cuisine coréenne.

Et puis il y a eu la première fois que j’ai ouvert le Cookbook de Yottam Ottolenghi et Sami Tamimi ; le jour où ma maman s’est mise à faire de la poitrine de porc croustillante et c’est devenu le plat que je lui réclame à chaque fois que je rentre à la maison ; le souvenir d’une crêpe immense dans le quartier indien de Singapour et dont j’apprendrai enfin le nom quand mon compagnon m’emmènerait manger pour la première fois dans un resto de gare du Nord



Tout ça pour dire que ce qui se prépare dans ma et notre cuisine est le fruit de tant de circonstances et de rencontres, de trouvailles glanées lors de voyages, de longues heures passées sur le net ou à flâner dans le rayon cuisine des librairies, de souvenirs heureux chez nos parents, d’hasards et de coups de chance.

Autant qu’une bibliothèque ou une playlist de chansons favorites, ce qu’on cuisine chez soi est le reflet de qui nous sommes et des mille influences qui nous ont façonnés.

Alors d’avoir retrouvé dans le livre de The Social Food le riz au kimchi, les travers de porc à la citronnelle, des udon miso carbonara, le thịt kho trứng, le cheesecake brûlé, et bien d’autres plats qui ont pour moi une résonnance particulière et sont souvent rattachés à un souvenir personnel, et ce rassemblés au même endroit comme le reflet d’une longue histoire écrite sans y penser, m’a singulièrement touchée.

En tant que lecteurs et lectrices, ça nous ait tous arrivé de nous retrouver dans des romans ou des personnages de fiction ; d'avoir la joie de lire dans les mots d’un(e) autre des pensées qui relevaient du plus profond de notre intimité.

Je ne m’attendais certainement pas à me retrouver dans ce qui ne semblait n’être qu’un simple livre de recettes. Mais c’est ce qui est arrivé, à ma plus grande surprise.

Ceci étant dit, si on revient au livre.

extrait de The Social Food, carnet de recettes à la maison de Shirley Garrier & Mathieu Zouhairi - Editions First

Une chronique de The Social Food, carnet de recettes à la maison



Pas de surprise si vous connaissez déjà le travail de The Social Food, le livre est d’une grande beauté. Agrémenté de photos de voyage, doté d’une belle mise en page qui respire, avec en bonus un papier hyper agréable au toucher, il fait partie de ces quelques livres de recettes qui pourraient amplement prétendre au statut de coffee table book.

Mais ce serait bien évidemment dommage de le laisser sur la table basse.

Le sous-titre ne ment pas, il s’agit bel et bien d’un carnet de recettes à la maison, reflétant toutes les envies qui peuvent nous traverser l’esprit lorsqu’on se retrouve devant son plan de travail.

Les recettes vont du rapide à l’un peu moins rapide, de la croquette passée au bain d’huile à l’assiette épurée et végétale, des pâtes italiennes au petit plat mijoté de maman vietnamienne… Reflet donc de notre cuisine du quotidien, qui ne nous laissera parfois que 15 minutes aux fourneaux un soir de semaine, ou un peu plus de temps et d’ambition un dimanche matin. Reflet également de cette cuisine de tous les jours, qui certes ne va pas révolutionner nos papilles, mais qui nous tirera toujours un soupir d’aise à la première bouchée, grâce à des ingrédients bien choisis ou quelques assaisonnements indispensables. Je n’ai certes pas besoin d’un grand plat gastronomique quand je rentre chez moi le soir ; simplement d’une assiette qui me fera du bien et que je serai contente d’avoir en rentrant d’une journée de travail.

Mais au-delà de ça, c’est surtout cette présentation sans mots rajoutés de plats des quatre coins du monde qui m’a, vous l’aurez compris, émue et enthousiasmée : raviolis citron poutargue, korroke, aguachile, pavlova aux fraises, hủ tiếu khô, katsu sando, risotto au gorgonzola… Sans compter quelques plats qui m’auraient rappelé le menu d’un néo-bistrot, comme un filet mignon sauce cacao-chorizo, ou un œuf frit, crème crue et œuf de lump. D’autres recettes font de joyeux ponts entre différentes cuisines, tels que des bao aubergine et guanciale, ou une tartine crème crue et féra avec des feuilles de shiso. Sans oublier enfin une petite dizaine de recettes de boissons et cocktails, comme un gin et cosses de petits pois ou un cocktail poire et rhubarbe.

Fut une époque où on n’aurait pas même pensé vouloir sortir des sentiers battus à la maison. Où des enfants avaient honte que la cuisine de leur maison ne sente pas de la même manière que la cuisine de leurs copains. Où une cuisine “du monde” fait-maison se limitait à l’utilisation d’un “mélange” mexicain, chinois ou oriental.

Alors quel plaisir de voir un livre comme celui-ci, qui par son simple choix de recettes, raconte une cuisine du quotidien ouverte, curieuse, pleine de souvenirs et d’inspirations diverses.



Quant aux recettes elles-mêmes ?

Ce livre est né du premier confinement et des recettes que le duo partageait chaque jour sur Instagram, confectionnées à partir de ce qu’ils avaient dans leurs placards ou de ce qu’ils recevaient en livraison. Chose que je ne savais pas en empruntant le livre ! J’ai découvert The Social Food au printemps dernier, au même moment où je démarrais ma reconversion en charcuterie et où je m’abonnais à tous les comptes de bouffe que l’algo me proposait. J’ai donc regardé après coup quelques unes de leurs anciennes stories de recettes et elles sont vraiment, vraiment cools. Moi qui n’aime pas particulièrement regarder des vidéos de recettes sur les réseaux sociaux, j’ai eu du plaisir à parcourir leurs stories tellement elles étaient bien faites, presque reposantes à regarder.

Si les instructions sont plutôt détaillées pour un format stories Insta, elles s’avèrent en revanche assez succinctes dans le livre. Alors certes, on n’est pas sur des défis techniques à la Pie Room, et l’ensemble des recettes restent assez simples à réaliser. Et il faut bien avouer que le côté peu de texte contribue également à l’esthétique épurée du livre. Mais bon, les instructions restent assez condensées et ne comprennent pas les recommandations ou mises en garde qu’on peut retrouver dans d’autres livres de cuisine, et qui peuvent attirer votre attention sur des étapes importantes et vous sauver la mise. Vous verrez que dans 2 des recettes que j’ai faites, même si c’était très bon, je me suis un peu mordue les doigts de ne pas avoir réfléchi davantage afin d’obtenir un meilleur résultat.

Par ailleurs, même si la majorité des grammages et volumes sont donnés, il subsiste des “1 carotte” par ci, “1 botte” par là qui se sont donc pas d’une grande précision.

Donc si le côté carnet de recettes à la maison fait tout le charme du livre, à l’inverse, c’est peut-être aussi ça qui fait que je recommanderais davantage ce livre à des cuisiniers habitués, qui savent prendre du recul sur une recette et l’adapter à leur sauce, qu’à des débutants qui ont besoin de masse de conseils et de recettes montées au millimètre près pour se rassurer et ne pas se planter.

J’ai finalement plus pris le livre comme une belle source d’inspiration qu’un livre de cuisine que je pourrais et devrais suivre à la lettre. Par exemple, ce cheesecake brûlé auquel on incorpore, tiens, du miso blanc. Ces œufs au plat qu’on agrémente d’asperges et d’artichauts à l’huile. Ou ce tartare de bœuf auquel on ajoute des anchois et des pickles de betteraves. Autant d’idées originales et de “choses qui changent” qui m’ont donné envie d’essayer une large partie de leurs recettes.

extrait de The Social Food, carnet de recettes à la maison de Shirley Garrier & Mathieu Zouhairi - Editions First



En résumé ?

Un très beau livre, dont les superbes photos, la mise en page qui respire et l’élégance générale transforment le simple geste de tourner les pages en un vrai plaisir de lecture.

Une sélection de recettes qui m’a profondément touchée personnellement, mais qui plus généralement, fera grandement plaisir aux cuisiniers qui cherchent de nouvelles idées pour leur cuisine du quotidien et aiment puiser leurs inspirations ailleurs, en faisant un crochet par une cuisine dans l’air du temps piochant avec naturel dans la lactofermentation, les cold brew et les assiettes simples mais de (très) bon goût.

Je vous conseille également de jeter un oeil à leurs stories et leurs anciens posts. Ils seront d’une belle complémentarité au livre.

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Recettes testées

Gyoza chicken wings (p 69)

J’avais choisi la recette 1) pour me la péter auprès d’un copain venant dîner à la maison 2) parce que l’un de mes futurs chefs de stage, patron d’une boucherie-cuisine, m’a promis que j’allais en découper/désosser à fond, de la volaille, donc je m’étais dit, autant me préparer avant.

Eh bien, c’était aussi délicieux qu’une chienlit à réaliser, je vous le dis tout de suite 🤣 La farce et le montage, ça va, mais alors désosser des ailes de poulet… J’avais réussi à désosser en partie des jambons de 12 kg lors de mon petit stage en charcuterie, donc j’étais en pleine sur-confiance, mais ces 9 ailes de poulet de 70 g, qui m’ont demandé la bagatelle de 40 minutes (!!) de travail de désossage m’ont sèchement ramenée à terre 🤣 Peut-être que je m’y suis mal prise… N’hésitez pas à me dire en commentaire si c’est effectivement difficile ou si je suis juste, bah nulle quoi 🤣

J’ai été assez étonnée par les quantités. Je n’ai mis qu’1/4 de la botte de cresson et 2 tiges de ciboule, au lieu de la botte entière et les 100 g de ciboule annoncés qui m’ont paru énormes pour farcir à peine les 6 ailes de la recette. Le reste des ingrédients et la marinade tombaient juste pour mes 9 petites ailes.

Verdict, c’était un peu sec pour du 30 min à 200°C - mais j’étais con, d’habitude, je mets toujours mon minuteur à 3/4 du temps préconisé et vérifie ma cuisson manuellement, et là je ne l’ai pas fait dans le rush (c’était le même jour où j’avais fait le yassa burger et un flan antillais en prime). Mais au final ? Même si c’était un peu sec, le résultat était très bon et valait bien les 40 minutes d’injure sur la planche. Et le copain a bel et bien été impressionné ✌️

Spaghettis alla puttanesca (p 137)

Au-delà des recettes, ce sont les ingrédients eux-mêmes du livre qui m’ont enchantée. C’est toutes les choses que j’aime dans la vie : les artichauts, la poutargue, la rhubarbe, les palourdes… Et les anchois. Ces spaghettis alla puttanesca se sont avérés aussi réconfortants que simples à réaliser.

C’est sans doute davantage un goût personnel qu’un défaut de la recette - je me souviens de pâtes en Italie assez minimalistes alors que j’aime bien quand c’est un peu généreux en garniture 😄 Mais j’ai grosso modo doublé la quantité d’olives, de câpres et d’anchois en en rajoutant des entiers pour arriver à un résultat qui me plaisait. Au final, c’est une bonne recette rapide pour les jours de flemme.

Katsu sando (p 170)

Une madeleine de Proust inattendue ce katsu sando ! Quand j’ai goûté la sauce, ça m’a ramenée direct à un goût que j’avais oublié mais qui était resté stocké dans ma mémoire. Je ne sais plus si c’était au Japon ou dans un resto de Sainte-Anne, mais quel BONHEUR de retrouver le goût exact de cette sauce, sucrée, légèrement acide, pleine de saveur - et qui n’a rien avoir avec la sauce Bulldog recommandée dans certaines recettes de katsu sando.

Par contre, niveau consistance, c’était pas ça, comme la pomme râpée n’avait pas été assez réduite en purée même au bout de dix minutes. Après, en réalisant une tarte aux pommes à l’école, j’ai bien vu la différence entre le fourneau au gaz pro et mes plaques à la maison 😄 A l’école, en 5 minutes c’était plié, les gros morceaux de pomme étaient devenus une compote Andros ; alors que sur ma plaque, au bout de dix minutes, les morceaux étaient toujours là #ausecours C’est là que j’aurais aimé un warning “ayez une compotée bien lisse avant de passer à la suite”, comme je n’ai pas obtenu in fine une sauce lisse, même en la passant au mixeur après et en la remettant un peu dans la casserole.

Mais au final, tout restait très simple à réaliser, et l’ensemble était délicieux. L’idéal aurait été de confectionner le sandwich avec du shokupan, mais le pain de mie tout frais du boulanger a très bien fait l’affaire.

Pour aller plus loin

Niveau de faisabilité (ingrédients, techniques, compréhension des recettes)

Dans la grosse majorité, les ingrédients sont facilement trouvables au marché et dans une épicerie asiatique. Quelques ingrédients sont quelques peu estampillés “produit d’exception qu’on ne trouvera que dans des Terroirs d’Avenir et consorts 😅”, mais ça reste une minorité.

Niveau technique, à part quelques recettes avec les trucs habituels qui font peur (pâte maison et désossage d’ailes de poulet de l’enfer), ça reste globalement très abordable.

Creuser le sujet


Le mot de la fin :

J’aimerais évidemment remercier les gourmand(e)s qui se sont abonné(e)s suite aux coups de projecteur de Culs de Poule et Pomélo - dont je remercie encore l’autrice et l’auteur respectifs. Je suis ravie que tous autant que vous êtes, vous m’ayez rejointe dans mes explorations de l’édition culinaire.

Je dois avouer que ces deux mentions dans des newsletters que j’admire m’a fait un peu le même effet que si j’avais posté une photo d’un de mes gâteaux sur Insta, et si Jessica Préalpato ou Jeffrey Cagnes l’avaient repartagée au milieu de leurs merveilles habituelles 😄 J’ai ressenti de la surprise et une grande joie. Mais comme ils ont l’habitude de le dire environ 54 fois dans un épisode de Top Chef, “j’ai la pression”. Evidemment, ça reste une bonne pression, celle qui me donne encore plus d’énergie et d’enthousiasme à écrire cette newsletter encore toute jeune, dont vous pardonnerez j’espère les maladresses et fautes de style, comme je cherche encore mes mots et le bon ton à prendre 🙂

Je vous retrouve dans 2 semaines non pas pour une review de livre de recettes, mais exceptionnellement pour une newsletter spéciale idées de cadeaux de Noël, évidemment consacrée aux livres de cuisine.

D’ici là, je vous dis bonne cuisine et encore merci de me lire,

Marjorie


Hophophop, avant de partir ! Si vous êtes sur les réseaux, n'hésitez pas à me suivre sur Instagram pour moult photos de plats et un aperçu des coulisses ;-)

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Livres de cuisine

Marjorie Nguyen

La journée, je fais des pâtés. La nuit, j'écris.